Trois équipes multidisciplinaires (architectes, zoologues, paysagistes...) ont dans un premier temps travaillé ensemble pour définir les concepts de base. Six biozones ont été définies en fonction de l'espace modeste (14 ha) et des animaux présents : forêt équatoriale africaine, savane africaine, Guyane, Madagascar, Patagonie et Europe. Puis, chaque équipe a établi son projet sous la houlette de trois agences : Ellipse, Architecture Studio et TN +. Cette dernière, qui n'était pas la favorite de la direction du Muséum au départ, l'a emporté : «Il n'y a quasiment pas d'architecture dans notre projet, le paysage prédomine. Nous ne touchons pas au grand rocher, emblème du parc. En revanche, beaucoup de faux rochers seront changés, explique Jean-Christophe Nani, gérant de l'agence. Tout a été conçu pour que le visiteur se mette au niveau de l'animal, que ce soit en hauteur ou en profondeur.»
Il reconnaît s'être beaucoup inspiré du très beau zoo de Doué-la-Fontaine, près d'Angers, un écrin de végétation folle dans d'anciennes carrières à ciel ouvert où le visiteur grimpe, redescend, emprunte des passerelles et oublie qu'il ne verra pas toutes les grandes espèces. Car ce temps-là est révolu. Vincennes a choisi de ne pas se focaliser sur le spectaculaire mais de s'adapter au cadre. Ainsi, ours et éléphants, qui ont besoin d'espace, ne reviendront pas. La plupart des espèces présentées, menacées de disparition, font partie de programmes d'élevage tous les zoos s'y mettent aujourd'hui et participent à des actions de conservation.
Vincennes revient de loin et doit encore trouver les moyens nécessaires à sa sauvegarde. A sa création en 1934, il était novateur : pour la première fois les animaux sont présentés hors les cages, le jardin zoologique détrône la ménagerie, les fosses remplacent les barreaux, agrémentées de rochers et d'abris spacieux. Le concept venait de l'Allemand Carl Hagenbeck qui créa le parc zoologique de Hambourg.
Aujourd'hui, Vincennes est dépassé dans le concept. Pourtant, c'est le vieillissement des structures qui a déclenché les opérations. A force d'échafaudages, de faux rochers troués et rouillés, de galeries fermées parce que dangereuses, le parc est devenu si déprimant que le prix du billet d'entrée a baissé ! La moitié des mille animaux, notamment les ours, lions, et rhinocéros doivent partir ailleurs. Le parc, qui a accueilli dans ses belles années (autour de 1970) près de deux millions de visiteurs, n'en est plus qu'à 300 000. En août 2004, ses employés, excédés, se sont opposés à la direction, sensibilisant le grand public. Difficile pour une capitale de se priver d'un zoo, même si la ville de Paris a décidé de ne pas y mettre un sou. Il a fallu trouver une solution. L'Education nationale (ministère de tutelle) a accepté le principe d'une rénovation.
Geneviève Béraud, responsable des jardins botaniques et zoologiques du Muséum, est enthousiaste sur le projet choisi : «Le concept essentiel est celui de l'immersion. Le zoo devient une île au milieu du bois de Vincennes, la géographie est réinventée, le paysage chahuté. Ils ont retrouvé le vrai souffle de Hagenbeck avec ce concept de vision à tous les étages.» Le plus dur reste à faire. Un appel d'offres va être lancé en janvier. Les travaux doivent démarrer en 2007. Le parc rénové serait visible en 2008. Il lui faudra 1,4 million de visiteurs par an. Echaudée par dix ans de décrépitude et d'immobilisme, une grande partie du personnel est sceptique : «On aimerait y croire.»
Source: liberation.frAuteur: Sylvie BRIET