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Yoan
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Grandeurs Nature : une vie de Chimp

le Mer 04 Sep 2013, 16:30
Communiqué de France 2

Résumé :
Giambo a 24 ans et c’est le chef. Il faut dire qu’il appartient au clan de Mama, le clan le plus influent. Déjà adolescent, Giambo était entreprenant, habile, d’une énergie inépuisable. A l’époque, le pouvoir appartenait à deux frères indétrônables. Mais l’un d’eux a été interné à cause de ses crimes. C’est ainsi que Giambo a pris le pouvoir… Giambo est un chimpanzé de la colonie du zoo d’Arnhem, aux Pays-Bas, une colonie étudiée par de nombreux primatologues depuis les années 70... Ces chercheurs nous ont appris l’incroyable complexité des liens sociaux qui existent au sein d’une communauté de primates, ainsi que les différences flagrantes de personnalités entre chacun d’entre eux. Et c’est pour mieux nous le faire comprendre qu’ « Une vie de chimp’ » nous est racontée par Giambo lui-même…

Dimanche 22 septembre 2013 à 16h25
Durée : 52 min
Un film documentaire écrit et réalisé par Vincent Maillard
Produit par France 2
Direction de programme documentaire : Fabrice Puchault, Caroline Glorion

Note d'intention du réalisateur
Aucun film sur les chimpanzés n'a encore été réalisé par les chimpanzés eux-mêmes!
Ainsi, quelle que soit la rigueur "scientifique", ou l'épure cinématographique, les films sur les chimpanzés sont toujours des projections humaines, de la part de ceux qui les font, comme de la part de ceux qui les regardent.
Si "une vie de chimp' " adopte le parti pris d'une histoire très racontée, c'est parce qu'il assume cette projection et plonge dans le récit de notre relation aux chimpanzés: à la fois une étrange proximité, et dans le même temps le mystère indéchiffrable de leur monde intérieur.
Tout regard humain porté sur les chimpanzés nous revient comme réfléchi par un miroir, certes un peu déformant...

"L'animal nous regarde et nous sommes nus devant lui. Et penser commence peut-être là." Ecrivait Jacques Derrida.

Le plus étrange est, sur la durée, de constater à quel point, souvent, les concepts et sentiments proprement humains que nous projetons sur ces êtres, à mesure que nous les reconnaissons, "celui-ci est sympathique", "celui-ci est une tête de lard, ou un manipulateur", s'avère vrai, parfois scientifiquement confirmé.

LES PERSONNAGES DU FILM : UNE GALERIE DE CARACTERES
Giambo, Mama, Ying, Yelle, Fons, les chimpanzés en captivité de Arnhem, étudiés par les éthologues, ne portent plus de numéros comme au tout début des relevés scientifiques précis de leurs "interactions", mais des noms. Ce détail, exprimé à l'ouverture du documentaire, nous dit beaucoup sur la manière dont les scientifiques ont théorisé et admis qu'une "dose d'anthropomorphisme" pouvait être utile, autrement dit que cette projection de comportements ou de sentiments que l'on pensait strictement humains pouvait être un outil très efficace pour comprendre le fonctionnement d'une colonie de chimpanzés.

"Une vie de chimp' " raconte, en deux époques distantes de dix années, l'histoire de cette communauté de chimpanzés de Arnhem. Le récit s'attache à quelques uns de ces chimpanzés, tous différents, tous - comme nous - dotés d'une personnalité particulière :
Giambo. L'ancien adolescent devenu le mâle numéro 1. C'est un chimpanzé sympathique, jouisseur, attentif, un brin cabot. Il est le narrateur.

Ying: L'ancien chef déchu. Il est aujourd'hui le mâle numéro 2. C'est une force de la nature mais un chimpanzé plutôt paisible, un "brave type", pas le plus futé de la colonie...

Yelle: le frère cadet de Ying. Presque aussi puissant que son aîné. Yelle a quitté Arnhem car c'est un chimpanzé dont l'agressivité est complètement ingérable, ni par les soigneurs, ni par les autres chimpanzés.

Mama: La doyenne de la colonie, la première à être arrivée à Arnhem, il y a presque soixante ans... Elle est aujourd'hui percluse de rhumatismes mais elle toujours respectée par tous les membres du groupe. Elle est la seule parmi les chimpanzés de Arnhem à avoir été capturée en Afrique lorsqu'elle était bébé.

Fons: le calculateur dont les combines finissent toujours par lui retomber sur le nez...

Gineau: le neveu de Giambo. Le dernier juvénile de la colonie. Il s'ennuie un peu car, à Arnhem, il n'y a plus "que des vieux" (à cause des politiques de reproduction des zoos européens pour préserver la biodiversité des sous-espèces de chimpanzés).

Zouly: ancien jeune de Arnhem parti dans un zoo en Ukraine. Chimpanzé du bas de l'échelle sociale mais très intelligent.

Amber et Allity: parties avec Zouly en Ukraine. Amber a vécu un drame: son premier fils, Ayo, s'est noyé en voulant franchir le fossé d'eau qui entoure leur parc...


TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR LA VIE INTIME DES CHIMPANZES
Puisque ces chimpanzés vivent des vies compliquées, des histoires parfois drôles, malheureusement plus fréquemment tragiques, le documentaire adopte un style dramatisé, conformément à ce que nous ressentons en observant ces grands singes.

Mais ces trajectoires individuelles dévoilent également - sans les décrypter de manière trop formelle - plusieurs spécificités des chimpanzés:
Leur mode de fonctionnement "politique", bien loin de la simple "loi du plus fort"; leurs règles de vie en commun; leurs liens familiaux, leur souci du bon fonctionnement de la communauté, qui, pour le primatologue Frans de Waal, constituent les prémisses de ce que nous appelons la "morale". Décidément, rien, même cette valeur à connotation spirituelle, ne semble échapper au continuum de l'évolution.

Très connu aux Etats-Unis, aux Pays-Bas dont il est originaire, mais aussi en Angleterre et en Allemagne, les travaux de Frans de Waal sont moins populaires en France. "Une vie de chimp' " s'appuie notamment sur les travaux de ce chercheur. Dans les années 80, il fut le premier primatologue à parler de "réconciliation" après un conflit entre chimpanzés. Ce comportement (systématique après un conflit) posait question: pourquoi? Pourquoi les chimpanzés ressentent à ce point la nécessité de raccommoder un lien social qui a été endommagé par un conflit? C'est cette question qui le poussa à creuser ce que l'on nomme désormais le "community concern", le "souci de la communauté", le "sens du collectif" (cf. notes de lecture).

Ses derniers travaux mettent l'accent sur la notion d'empathie. Cette aptitude, que l'on considère souvent comme très "humaine", est fréquente dans le monde animal. A plusieurs degrés de complexité. Il y a une empathie "immédiate", physique, qui a plus à voir avec la notion de "contagion émotive" et qu'éprouvent de nombreux mammifères (les chiens notamment), et puis l'empathie cognitive, qui consiste à être capable de comprendre le "point de vue" d'un autre individu. Cette dernière capacité est beaucoup plus rare chez les animaux (dauphins, éléphants, grands singes anthropomorphes). Le comportement de "consolation" par exemple, est une preuve des capacités empathiques des chimpanzés.

Ce sont ces qualités qui provoquent, chez tous les humains qui travaillent avec les chimpanzés, une irrésistible tendance à les considérer comme des "gens", parfois même comme "leur seconde famille" comme me le disait Bala Amrasekaran, le fondateur du sanctuaire de Tacugama en Sierra Leone. Comme si le terme "animal", englobant tout ce qui "n'est pas humain", ne leur convenait pas.

Quoi qu'il en soit, n'oublions pas que ce film ne sera pas vu par des chimpanzés. Mais par nous, leurs cousins, qui vivons par les mots.
Quelques notes de lecture et citations de Frans de Waal


"La politique du chimpanzé"
Si vous observez des chimpanzés pour la première fois, vous ne verrez qu'une masse anonyme de grosses bêtes velues qui – de temps à autres – se mettent à s'exciter et à se courir après en hurlant dans un grand désordre. Rien n'est moins vrai. Chacun d'entre eux intervient et agit dans les conflits avec un très grand discernement.

Dominance apparente et dominance réelle… l'importance cruciale du "salut" formel. Un ex-alpha peut fuir, pleurer, se réfugier en haut d'un arbre, tant qu'il n'aura pas "salué", officialisé sa soumission, rien ne sera réglé.

Les règles strictes du combat, des "matches": la proscription du recours aux canines (qui ont la même force que celles des panthères). Celles-ci sont réservées aux proies, aux ennemis des colonies étrangères, ou aux assassinats (rares).

"Le bon singe"
L'émergence d'un "souci de la communauté" avant l'intérêt personnel fonde la racine de la morale. Cette émergence n'est possible qu'avec des animaux très supérieurs car il implique une "réciprocité indirecte" (les avantages que chacun tire du bon fonctionnement du groupe ne sont ni immédiats, ni équilibrés à chaque échange). Exemple: un individu commet un acte bénéfique aux yeux de toute la communauté (sauve d'un danger, résout un conflit): il n'est pas tout de suite récompensé, sa récompense est plutôt l'accroissement de sa popularité et de son statut au sein du groupe.

"La morale est-elle biologique ou culturelle? Cela revient un peu à se demander si le bruit du tambour est dû à l'instrument ou à celui qui en joue?"…

Une des preuves manifeste de la conscience de soi et de l'autre, est la capacité de "tromper intentionnellement".

Les alliances permettent également aux subordonnés de contester, ou de limiter, le pouvoir, exprimant ainsi une tendance à l'équité.

De même nous savons que le pouvoir ne repose pas sur la seule force, il est parfois question chez les chimpanzés d'un véritable referendum, notamment chez les femelles, pour que te l ou tel puisse se maintenir au pouvoir…

Les enfants, jusqu'à l'adolescence, jouissent d'une grande impunité par rapport aux règles sociales qui s'imposent aux adultes.

Les mâles sont en compétition très dure, ils peuvent s'affronter mais se réconcilient très rapidement (à l'inverse des femelles, plus pacifiques, mais qui, si une brouille éclate, peuvent rester fâchées très longtemps).

L'alpha doit savoir gérer, et résoudre les conflits (les stopper). Cela n'est pas donné à tous les alphas, certains le font en levant un sourcil, d'autres aggravent parfois la situation en voulant la résoudre… (en général cela est lié à leur capacité à rester impartial, à défendre le plus faible, à rester au dessus des parties, à savoir arbitrer même contre les amis…)

Réciprocité (condition de la morale) visible en particulier / partage de nourriture (tu me donnes, je te donnerai à l'avenir, => souvenir du geste). Cette capacité de réciprocité s'étend ensuite à d'autres aspects de la vie en groupe. Notamment le soutien lors de conflits… Les chimpanzés semblent tenir un véritable "livre des comptes" des services rendus et des obligations qui y sont attachées.

Ainsi, lorsque l'un d'entre eux triche, cela provoque une véritable indignation! => Une racine du sentiment d'égalité!!

Les dominants ont tendance à être plus généreux que les subordonnés (gestion de leur popularité).

L'étude des chimpanzés en captivité est extrêmement intéressante pour comprendre les hommes car nous sommes nous aussi des "captifs sociaux", depuis que nous avons quitté notre statut de chasseurs-cueilleurs et que nous vivons dans des communautés (géographiques, familiales et professionnelles) stables, sans scissions et déplacements constants.

Pour les chimpanzés, comme pour nous, un conflit est comme une rupture, cela nous chagrine, nous voulons réparer cette distance entre nous. Nous ne réfléchissons pas rationnellement à cette importance que nos relations ont. Nous l'éprouvons, nous sommes anxieux lorsque nous sommes séparés, ou qu'une relation à laquelle nous tenons est dégradée. C'est cette anxiété que nous voulons soigner.
(Les chimpanzés ne sont pas des "philosophes de la morale, mais chez nous, combien le sont, ne sommes-nous pas beaucoup moins rationnels que ne prétendons l'être?...)

L'agression, l'agressivité est un moyen de régulation dans les relations du groupe et dans le gestion des ressources toujours limitées en milieu naturel. Parfois, cette agressivité est excessive, elle relève d'un caractère quasi pathologique…

Ce comportement pathologique rompt l'équilibre de la dynamique du groupe de chimpanzé: le souci de la communauté. Les chimpanzés savent que des relations qui se dégradent peuvent ricocher dans toute la colonie et revenir frapper à leur porte, voilà pourquoi ils sont si attentifs à tout ce qui se passe dans le groupe. Mais leurs intérêts personnels sont parfois divergents (compétition), donc la dynamique oscille sans cesse entre les conflits et les réconciliations pour réguler l'équilibre entre la force centripète (les conflits perso) et la force centrifuge (le souci de la communauté).

Si les chimpanzés sont loin d'être des anges, ils sont relativement non violents, ont le sens de la famille et règlent leurs conflits avec la communauté par le biais de comportements affectueux (jeu, étreintes, toilettages etc.). Même si ils peuvent tuer, s'entretuer assez facilement (ce qui implique et met en valeur l'essentiel de leurs fonctionnements sociaux et leur grand contrôle).

Lorsque les femelles se liguent contre un mâle, elles voient d'un très mauvais œil celle qui oserait les trahir et s'approcher dudit mâle…

Le singe en nous
Pour s'occuper des chimpanzés en tant que soigneur, il faut les prendre au sérieux, mais pas trop, au risque de s'engluer dans la toile des intrigues, provocations et chantages affectifs de tout groupe de chimpanzés.

Il n'y a pas deux chimpanzés identiques, celui-ci est colérique, celui-là cordial etc. On ne peut jamais généraliser.

Les mâles déclinants physiquement usent souvent d'un grand savoir faire stratégique pour manipuler les jeunes arrivants sur la scène politique, divisant pour mieux se rendre indispensable etc.

En couchant "à droite et à gauche", les femelles se "couvrent" contre toute tentative d'infanticide.

La "morale" n'aurait pas pu se développer chez les primates humains si le terrain n'était pas favorable, pas plus que l'on ne peut apprendre à un chat à rapporter le journal. La "morale" se fonde sur trois piliers: empathie (donc conscience de soi et de l'autre), réciprocité - coopération, et, au delà: souci de l'autre, souci de la communauté;

Les chimpanzés donnent souvent l'impression de "ne pas faire attention", de ne pas observer attentivement une chose, en fait, "l'air de rien" rien ne leur échappe, ils observent et captent tout du coin de l'œil, postures, gestes, tons de voix, tout est méticuleusement noté..

La preuve de leur conscience de l'autre est notamment démontrée par leur capacité à "faire semblant" : jouer au dur, ou au contraire jouer au blessé, tromper intentionnellement etc.

L'âge de l'empathie
Tout comportement orienté vers la communauté – médiation, conciliation, police – sert les intérêts de ceux qui les mettent en œuvre. Les femelles ont intérêts à réduire les tensions entre mâles, qui reportent volontiers leurs problèmes sur elles ou sur les jeunes. Et les mâles qui réussissent à préserver la paix deviennent souvent extrêmement populaires et respectés. Quoi qu'il en soit, un comportement altruiste améliore l'environnement social non seulement pour les individus qui l'expriment mais pour tout le monde.

Le livre de la nature ressemble à la bible: tout le monde y trouve ce qu'il y cherche: la tolérance ou l'intolérance, l'altruisme ou l'égoïsme.

D'innombrables ouvrages tentent de tracer une démarcation nette entre égoïsme et altruisme. Mais si nous nous trouvions devant une immense zone grise? L'empathie est à la fois égoïste et désintéressée. Cette ligne de démarcation ne sert qu'à brouiller les pistes. Pourquoi vouloir dissocier le soi de l'autre, et l'autre du soi, si la fusion des deux est le secret qui se cache derrière notre nature coopérative? Notre tendance "prosociale".
"Nous marchons sur deux jambes, l'une sociale, l'autre égoïste".
(// neurones miroirs, chez nous comme chez les chimpanzés qui nous permettent de ressentir ce que ressent l'autre…)

"Les humains devenus adultes s'empressent d'écarter une vérité qu'ils connaissent depuis l'enfance: oui, les animaux éprouvent des sentiments et ont le souci de autres. Comment et pourquoi cette certitude disparaît chez la moitié des humains dès que leur poussent la barbe ou les seins?" F de Waal

Et pour finir...
« Il ne s'agit pas seulement de demander si on a le droit de refuser tel ou tel pouvoir à l'animal (parole, raison, expérience de la mort, deuil, culture, institution, technique, vêtement, mensonge, feinte de la feinte, effacement de la trace, don, rire, pleur, respect, etc. – la liste est nécessairement indéfinie, et la plus puissante tradition philosophique dans laquelle nous vivons a refusé tout cela à l'« animal »), il s'agit aussi de se demander si ce qui s'appelle l'homme a le droit d'attribuer en toute rigueur à l'homme, de s'attribuer, donc, ce qu'il refuse à l'animal, et s'il en a jamais le concept pur, rigoureux, indivisible, en tant que tel. »
— L'animal que donc je suis (p. 185), Jacques Derrida.

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"Si les abeilles disparaissaient, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre"; Albert Einstein

« Le but d'un zoo est de ne pas tenir des animaux, mais d'assurer le futur des espèces »
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